1. Vol annulé ou avancé : du délai d'information dépend votre indemnisation

Le délai auquel la compagnie aérienne vous informe de l'annulation ou d'un avancement de vol de plus d'une heure détermine si vous avez droit à une indemnisation financière ou non.

Si vous avez été prévenu plus de 14 jours avant le départ, la compagnie aérienne n’a pas à vous verser d’indemnité. En revanche, elle conserve l'obligation stricte de vous offrir le choix entre le remboursement intégral de votre billet ou un réacheminement vers votre destination.

Si vous avez été prévenu moins de 14 jours avant la date de votre départ, vous bénéficiez du droit à l'indemnisation financière forfaitaire, comprise entre 250 € et 600 € par passager, sauf si l'annulation est due à une circonstance extraordinaire. Dans tous les cas, vous conservez en plus le droit de choisir entre le remboursement du vol ou un réacheminement.

2. Vol retardé de plus de 3 heures : vous avez aussi droit à une indemnisation

Tout passager subissant un retard d'au moins 3 heures à son arrivée à destination finale a droit à une indemnisation forfaitaire de la part de la compagnie aérienne. 

Dès 2 heures de retard au départ, le transporteur est tenu de fournir une assistance gratuite (repas, rafraîchissements, moyens de communication et hébergement si un départ le lendemain est nécessaire).

3. Vol au sein de l’UE ou en dehors, ce qui change en matière d’indemnisation 

Le règlement européen (CE) n° 261/2004 protège uniquement les vols au départ d’un pays européen ou arrivant dans l’un d’eux. Son application est également étroitement liée à la nationalité de la compagnie aérienne.

Si votre vol n'est pas couvert par la loi UE, vous ne pouvez pas exiger l'indemnité forfaitaire de 250 € à 600 €. Vos droits dépendent alors de la réglementation du pays de départ ou des règles internationales comme la Convention de Montréal.

Cas dans lesquels le règlement européen s'applique
Situation du volCompagnie européenne (ex : Air France, Lufthansa,
Ryanair, Iberia...)
Compagnie hors UE (ex : American Airlines, Emirates,
Qatar Airways, United Airlines, China Southern Airlines..)
Au départ d'un aéroport situé dans l'UECouvertCouvert
Au départ d'un pays hors UE vers un pays de l'UECouvertNon Couvert
Vol 100 % hors UE (ex : New York - Tokyo)Non couvertNon couvert

A noter : l'Union européenne inclut aussi la Norvège, l'Islande, la Suisse et les départements d'outre-mer français (Guadeloupe, Martinique, Réunion, Mayotte, Guyane).

4. Les règles spécifiques au Royaume-Uni

Depuis le Brexit, le Royaume-Uni a transposé le règlement européen dans son droit national sous le nom de UK 261.  

En cas de retard ou d'annulation de vol lié au Royaume-Uni (Angleterre, Écosse, Pays de Galles, Irlande du Nord), les règles de protection sont quasiment identiques à celles de l'Union européenne, avec quelques nuances juridiques et monétaires issues du Brexit.

Le règlement britannique, appelé communément UK261, reprend presque à l'identique le règlement européen EC261/2004, mais son champ d'application dépend de deux critères combinés : le lieu de départ du vol et la nationalité du transporteur (licence UK, licence UE, ou pays tiers). En fonction de ces critères, ça peut être le droit britannique (UK261) ou européen (EU261) ou aucun des deux qui s'applique.

Cas spécifiques de vols en lien avec le Royaume-Uni
Situation du volCompanie européenneCompagnie britannique
Autre compagnie
Au départ du Royaume-UniCouvert par le règlement UKCouvert par le règlement UKCouvert par le règlement UK
A l'arrivée au Royaume-Uni (départ de l'UE)Couvert par le règlement UECouvert par le règlement UECouvert par le règlement UE
A l'arrivée au Royaume-Uni (départ pays hors UE)Couvert par le règlement UKCouvert par le règlement UKNon couvert

5. Montant de l’indemnisation selon la distance 

Lorsque le droit à indemnisation est confirmé, le montant de la compensation est fixé par la loi en fonction de la distance du vol. Ce montant varie selon que le vol est soumis à la réglementation européenne (indemnisation exprimée en euros) ou britannique (indemnisation exprimée en livres sterling).

A noter : la distance s'apprécie à vol d'oiseau entre l'aéroport de départ et celui d'arrivée, peu importe la distance réellement parcourue en cas d'escale notamment (sauf si les billets ont été pris séparément).

Montant de l'indemnisation forfaitaire selon la distance parcourue
Distance de volMontant de l'indemnité par passager (règlement européen)Montant de l'indemnité par passager (règlement britannique)
Vol court (jusqu'à 1500 km)250 €£220
Vol moyen (1500 km à 3500 km)400 €£350
Vol long (plus de 3500 km)600 €£520

6. Les cas où l'indemnisation est due en totalité

Elle est due lorsque la cause de l'annulation ou du retard relève de la responsabilité ou de la gestion interne de la compagnie :

  • panne technique standard ou problème de maintenance courante sur l'avion ;
  • grève du personnel de la compagnie (pilotes, hôtesses, stewards, personnel au sol de la compagnie) ; 
  • manque d'équipage ou temps de vol réglementaire dépassé par les pilotes ;
  • raisons commerciales (vol non rentable, surréservation / surbooking) ;
  • erreur ou problème logistique de kérosène (mauvaise gestion du plein par la compagnie ou ses équipes) ;
  • vol avancé de plus d'une heure (assimilé juridiquement à une annulation par la Cour de justice de l’Union européenne).

7. Les cas où l'indemnisation est réduite de 50 %

La compagnie peut réduire le montant de l'indemnité de moitié (ex: 125 € au lieu de 250 €) si elle vous propose un vol de réacheminement dont l'heure d'arrivée ne dépasse pas l'heure d'arrivée initiale de plus de :

  • 2 heures pour les vols jusqu'à 1 500 km ; 
  • 3 heures pour les vols de 1 500 km à 3 500 km ; 
  • 4 heures pour les vols de plus de 3 500 km.

L’indemnisation est également réduite de moitié pour les vols extracommunautaires de plus de 3500 km retardés de 3 à 4h (au-delà de 4h de retard, l’indemnisation complète, d’un montant de 600 € est due).

8. Les cas où l'indemnisation n'est pas due

L'indemnité financière n'est pas versée dans les trois cas suivants :

  1. L’information des passagers a été transmise plus de 14 jours avant la date de départ.
  2. Des circonstances extraordinaires échappent au périmètre de responsabilité de  de la compagnie comme :
  • des conditions météo extrêmes (tempêtes, brouillard très dense, éruption volcanique) ;
  • des grèves externes à la compagnie (contrôleurs aériens, pompiers ou bagagistes de l'aéroport) ;
  • la pénurie générale ou contamination de kérosène affectant l'ensemble d'un aéroport (prestataire unique défaillant) ;
  • des risques sécuritaires liés à une alerte à la bombe, à la fermeture de l’espace aérien ou à une décision des autorités ;
  • une collision d'oiseaux (bird strike) ou une urgence médicale grave à bord.
  1. Le retard à l’arrivée est inférieur à 3h

A noter : un vol qui serait annulé moins de 14 jours avant le départ à cause de l’envolée du tarif du kérosène ne rentre pas dans les cas d’exonération d’indemnisation. 

9. Ce qui doit être pris en charge en plus de l'indemnisation éventuelle

Que vous soyez éligible ou non à l'indemnité financière (même en cas de météo défavorable ou de grève des contrôleurs), la compagnie a l'obligation légale d'assurer gratuitement votre prise en charge à l'aéroport pendant l'attente d'un vol de remplacement, ce qui comprend :

  • les repas et boissons en quantité suffisante ;
  • la possibilité de passer deux appels téléphoniques, d’envoyer des e-mails ou des messages gratuitement ;
  • l’hébergement et le transport : si le nouveau vol ne part que le lendemain, la compagnie doit payer la nuit d'hôtel ainsi que le transfert aller-retour entre l'aéroport et le lieu d'hébergement.

Conservez toutes vos factures si la compagnie ne vous distribue pas de bons sur place. Les dépenses raisonnables vous seront remboursées.

10. Remboursement ou réacheminement : c'est vous qui décidez

En cas d'annulation, la compagnie n'a pas le droit de vous imposer sa solution. Vous avez légalement le choix entre :

  • le réacheminement vers votre destination finale « dans les meilleurs délais » sur un autre vol (qu'il soit opéré par la compagnie ou par une compagnie concurrente), ou à une date ultérieure à votre convenance.
  • le remboursement intégral, si vous renoncez à voyager, notamment parce que le nouveau vol proposé ou l'avancement de la date ne vous convient pas. Dans ce cas, la compagnie doit vous rembourser la totalité du billet.

11. Focus : quelles assurances peuvent vous aider en cas d’annulation de vol ?

En plus de vos droits légaux face à la compagnie aérienne, vos contrats d'assurance personnels peuvent grandement vous simplifier la vie ou couvrir des pertes financières annexes.

A. L’assurance liée à votre carte bancaire (Visa Premier, Gold Mastercard, Amex, Infinite...)

Condition obligatoire : vous devez impérativement avoir réglé vos billets d'avion avec la carte concernée.

Ce qu'elle prend en charge :

  • les frais d'attente imprévus : repas, rafraîchissements ou nuits d'hôtel si la compagnie tarde à vous indemniser ou si vous dépassez les plafonds accordés par le transporteur.
  • l’accès au salon d’attente de l’aéroport en cas de retard d’au moins 1h au décollage (prestation Smart Delay proposées par certaines banques)
  • les prestations perdues à destination : c'est le gros point fort des cartes haut de gamme. Si l'annulation vous fait rater une nuit d'hôtel déjà payée, une location de voiture ou une excursion non remboursable à destination, l'assurance de votre carte peut prendre le relais pour vous rembourser ces frais annexes.

B. L'assurance habitation (la garantie Protection juridique)

On y pense rarement, mais votre contrat Multirisque Habitation (MRH) inclut très souvent une garantie Protection juridique.

Son rôle : si la compagnie aérienne refuse de vous indemniser, fait la sourde oreille ou invoque de fausses « circonstances extraordinaires », votre assureur habitation peut prendre en charge la gestion du litige et envoyer des courriers de mise en demeure rédigés par des juristes. En fonction du niveau de garantie souscrit, elle peut aussi financer les frais d'avocat ou de procédure si l'affaire doit aller devant les tribunaux.

C. L'assurance voyage dédiée (Assurance Annulation / Multirisque)

Souscrite au moment de la réservation, en supplément, elle couvre les cas où c'est la compagnie qui est défaillante (faillite de la compagnie aérienne, événement non couvert par le règlement européen) ou si c'est vous qui devez annuler votre voyage (urgence médicale, accident, motif professionnel).

12. Comment demander son remboursement et/ou indemnité ?

  1. Rassemblez vos documents : conservez les confirmations de réservation, cartes d'embarquement, attestations d'annulation/retard transmises par la compagnie et toutes les factures de frais avancés (repas, hôtel, taxi).
  2. Contactez la compagnie : remplissez le formulaire de réclamation sur le site officiel du transporteur ou envoyez un courrier recommandé avec accusé de réception (LRAR) en citant le Règlement (CE) n° 261/2004.
  3. Précisez vos demandes : indiquez clairement si vous réclamez le remboursement du billet, le remboursement des frais de prise en charge et/ou l'indemnité forfaitaire de 250 €, 400 € ou 600 €.

13. Sous quel délai devez-vous être remboursé ?

Selon le Règlement CE n° 261/2004, le remboursement du billet non utilisé doit être effectué sous 7 jours à compter de votre demande.

En France, vous disposez d'un délai légal de 5 ans à compter de la date du vol pour faire valoir vos droits auprès de la compagnie devant la justice.

14. Que faire si la compagnie traîne à rembourser ?

Si la compagnie aérienne refuse de vous indemniser, ne répond pas dans un délai de 2 mois ou fait traîner le remboursement, vous pouvez : 

  1. activer la Protection juridique en faisant appel à l'assistance juridique de votre assurance habitation ou de votre carte bancaire pour formaliser la relance.
  2. saisir le Médiateur du Tourisme et du Voyage (MTV), si la compagnie est adhérente à la charte de médiation. Le dépôt du dossier de demande de médiation se fait en ligne et la procédure est gratuite.
  3. faire un signalement à la DGAC (Direction Générale de l'Aviation Civile) via son portail en ligne pour qu'elle contrôle le respect du règlement par la compagnie.
  4. faire appel à une société de recouvrement spécialisée comme AirHelp, Flightright, RetardVol. Ces organismes privés peuvent prendre en charge la procédure à votre place en échange d'un pourcentage sur l'indemnité perçue.
  5. en dernier lieu, intenter un recours en justice en assignant la compagnie aérienne devant le tribunal judiciaire.